1.7.13

MÈRE MARIE SKOBTSOV






C’est au bord de la Baltique, dans une famille aisée de la bourgeoisie russe, que naît,en 1891, Elizabeth Pilenko. Une enfance gaie et aimante une jeunesse marquée par la mort du père et  la vie à Saint Petersbourg où la famille s’est fixée. Lisa est très intelligente et réussit brillamment ses études. C’est une jeune intellectuelle progressiste qui aime les discussion interminables et.. la poésie. En 1910 elle se marie, mais se séparer trois ans plus tard de son mari. Elle commence alors des cours de théologie et suite à une brève liaison, a un enfant .  En 1917, elle adhère au parti socialiste-révolutionnaire, mais se trouve vite débordée par le bolchevisme.

Rentrée dans la propriété de ses parents en Crimée, elle tombe amoureuse d’un jeune officier cosaque, l’épouse et finit par fuir avec lui la Russie et la révolution. Après un long et douloureux périple,  au cours duquel elle accouche de deux enfants, la famille arrive à Paris en 1923. Une vie difficile commence, marquée par la pauvreté et les privations. Atteinte d’une méningite, la petite Anastasia meurt en 1926 après une douloureuse agonie au cours de laquelle Lisa a la  révélation de Dieu : elle parlera même d’une « visitation » Un an après , les époux se séparent et Lisa retrouve l’Eglise orthodoxe dans laquelle elle va s’investir entièrement .

Elle entre alors dans un organisation russe (ACR) créée pour venir en aide aux nombreux immigrés. Le désir du don de soi et du sacrifice total  grandit…la pensée qu’elle est une épée dans la main de Dieu ne la quitte plus. En 1932, après avoir divorcé, elle prend l’habit monastique dans l’église saint Serge et devient Mère Marie. Sans un sou, elle fonde alors, avenue de Saxe,  un accueil pour femmes sans famille. La maison étant devenue trop petite elle s’installe en 1934 rue de Lourmel. Cete vaste maison délabrée, devient un haut lieu de l’orthodoxie d’avant guerre, dans lequel elle accueille sans relâche les plus pauvres ,  les plus affamés, les plus exclus. Mère Marie se dépense sans relâche pour nourrir son monde.  Son programme est simple : » vaincre la démesure du mal par l’amour et le bien sans mesure. […] »Son engagement est total, quasi sans limites. Comme si la nature n’avait pas de lois pour elle. Forte d’une endurance qui lui servira beaucoup sous l’Occupation et en captivité, elle ignore la fatigue et le froid. Il lui arrive de rester des jours entiers sans manger ni dormir.

À chacun je voudrais donner mon âme
pour que mangent les affamés,
soient couverts les nus, se désaltèrent les assoiffés
et que les sourds entendent la nouvelle.

Du ciel qui tonne au murmure de la brise,
tout me commande : " Donne jusqu’à‘au dernier sou. "
De la plénitude grave d’une expérience sacrée
mon âme est pleine à déborder.

Dès 1940, Mère Marie sait à quoi s’en tenir. Elle a lu Mein Kampf et connaît la folie meurtrière nazie. Très vite Lourmel accueille les premiers russes juifs. Les certificats de faux baptêmes sont établis sans compter par le Père Dimitri. En 1943, la Gestapo débarque rue de Lourmel et arrête tous les occupants. Le chemin de croix de Mère marie commence. D’abord retenue à Romainville, elle est envoyée à Ravensbrück en 1943. Celles qui l’auront côtoyée dans cet enfer en garderont un souvenir extraordinaire. C’est au cœur de cet univers que Mère Marie débute son ascension spirituelle, dans laquelle son inaltérable bonté s’épanouit ; sans relâche, elle encourage, convertit, console édifie, encourage. En proie aux multiples privations, elle résiste et soutient le moral de ses compagnes. En 1945, alors que le débarquement a eu lieu, elle se joint volontairement aux sélectionnées du jour pour la chambre à gaz, accompagnant ainsi une détenue pétrifiée par la peur. Elle meurt à la veille de Pâques.

Sophie de Villeneuve, rédactrice en chef
février 2013, pour croire.com



2 commentaires:

marie a dit…

Je découvre votre blog. J'aime beaucoup l'idée de partir des icônes pour exprimer ce qu'elle nous enseignent de leur théologie.
Votre choix est varié, riche d'enseignements. C'est un grand plaisir de naviguer d'une icône à l'autre, d'un thème à l'autre.
Petite correction quant au nom de Mère Marie, elle s'appelait Skobtsov.
Marie

Chantal Kunz-Bagros a dit…

Merci beaucoup, Marie, de votre commentaire et de la correction sur le nom en religion d'Elisabeth Pilenko.
Les images rendent sûrement les textes plus attractifs, surtout lorsqu'il s'agit d'icônes. C'est pourquoi j'essaie de les retrouver sans trop attendre depuis mon clic désastreux sur picasa.