24.2.11

L'AMOUR FOU DE DIEU POUR L'HOMME



Vierge de Vladimir, 1er millénaire
Constantinople, puis Kiev


Les Pères placent le commencement de l’Église au Paradis. Dieu "venait dans la fraîcheur du soir" (Genèse 3,8) pour converser avec l’homme. L’essentiel de l’Église s’exprime ainsi dans la communion entre Dieu et l’homme et culmine dans le mystère de l’Incarnation, la communion totale du divin et de l’humain réalisée dans la Personne du Verbe.
Sauf en de rares exceptions (Orante, Pokrov), l’icône de la Vierge la présente toujours avec l’Enfant ; en fait, c’est l’icône justement de l’Incarnation ou de l’Église, la communion ultime du divin: l’Enfant-Verbe, et de l’humain: la Mère. Avec un art incomparable et la plus grande sobriété, l’icône de Vladimir décrit ainsi le bouleversant amour réciproque, la Philanthropie divine, "l’amour fou" de Dieu pour l’homme, et en réponse, toute la passion de l’homme pour son Dieu. C’est le désir prééternel de Dieu de devenir Homme, pour que l’homme devienne dieu. L’icône nous offre ainsi la contemplation d’un mystère de Dieu lui-même.
Sur l’icône de Notre-Dame de Vladimir, le regard de la Mère grandement ouvert sur l’infini est en même temps tourné au-dedans. Il parle de sa pitié immense comme le ciel envers la souffrance, fait inéluctable de l’existence humaine et qui suscite la Croix. D'innombrables âmes ont porté leur souffrance devant cette icône depuis tant de siècles. Les yeux de la Mère suivent le destin de tout homme, rien n’interrompt son regard, rien n’arrête l’élan de son cœur.

Paul Evdokimov, théologien orthodoxe
in " Une théologie de la vision"

PROCHE DES PEINTURES DE LA BASSE ANTIQUITÉ





L’icône ci-dessus de la Vierge à l’Enfant datant du 6°siècle, et donc pré-iconoclaste, est intéressante du point de vue du style; elle est, avec l’icône de saint Pierre du mont Sinaï, l’icône la plus proche des représentations de la basse Antiquité actuellement connues.
La Vierge porte l’Enfant sur le bras gauche, comme la future "Hodighitria", mais elle le tient aussi de la droite, son corps légèrement tourné vers lui, alors que sa tête est orientée en direction opposée, attitude non conforme aux règles iconographiques encore quelque peu fluctuantes au 6°siècle. Enfin son visage à la bouche sensuelle, presque rieuse, n’est pas vraiment celui de la Mère de Dieu ; cependant il émane de lui une sorte de rayonnement qui fait que l’on n’éprouve aucune difficulté à voir dans cette image une authentique icône.

Tania Velmans, directeur de recherche sur l’art byzantin au Centre National de Recherche Scientifique
in "Les premières icônes"

7.2.11

TRANSPARENTE À L'ESPRIT SAINT



Vierge orante contemporaine 


Dans l'icône, la personne représentée est devenue transparente à l'Esprit Saint. Modèle par excellence de la vie en Christ, la Toute-Pure offre en effet l'exemple le plus parfait de synergie entre la volonté divine et la volonté humaine. C'est cela la sainteté!
En ce temps où l'Antéchrist nourrit l'apostasie et l'indifférence, elle pointe vers son Fils, le Chemin. Demandons-lui de verser sur notre âme la bonne odeur du Christ et d'affermir notre coeur de peur qu'il ne chancelle sous les flèches du perfide Ennemi.

Michel Quenot, prêtre orthodoxe
in "La Mère de Dieu"

*****

"Qu'est-ce que la sérénité, sinon que derrière ta volonté se cache la Volonté de Dieu?"
Angelus Silesius, 1624-1677, mystique allemand

3.2.11

REDÉCOUVERTE DE L'ICÔNE







Peintre de talent et athée convaincu avant de découvrir au hasard du chemin le Christ, l’immigré russe en France Léonide Ouspensky (1902-1987) a voué sa vie à une redécouverte de l’icône. Il disait avec raison que si l’Église indivise du premier millénaire s’est battue pour l’icône, le temps est venu où l’icône se bat pour l’Église. C’est assez dire la place de l’icône dans la catéchèse mais encore faut-il la connaître suffisamment et éviter l’écueil fréquent aujourd’hui de la réduire à une simple image religieuse, ce qu’elle n’est pas.

Michel Quenot, prêtre orthodoxe, universitaire spécialiste de l'icône
in orthodoxie, en ligne

L'ÉCHELLE, L'URNE, LE BÂTON...



L'échelle de Jacob, fresque, 1546-47
monastère Dyonisiou, Mont Athos


L’Ancien Testament révèle en images, figures et symboles celle dont Isaïe écrit : »Le Seigneur lui-même vous donnera un signe » (Isaïe 7,14). Mère du Sauveur, la Vierge Marie joue ainsi un rôle indéniable dans la victoire contre les forces maléfiques.
Les prophéties messianiques l’ont annoncée comme l’urne, le bâton, les tables de la Loi, la montagne inviolée.
Sur l’échelle contemplée en songe par Jacob (Genèse 28,12-13), les anges vont et viennent entre deux mondes. La Tradition y voit la préfiguration de la Vierge par qui Dieu reliera la terre au ciel. Dans le Buisson ardent qui flambe sans se consumer Moïse perçoit le symbole de celle qui a porté le feu de la divinité sans être consumée (Exode 3, 1-18).
Le prophète Daniel l’annonce comme "la Montagne sainte dont fut taillée, sans que main d’homme l’eût touchée, la pierre d’angle qui frappa la statue du tyran spirituel" (Daniel 2,34).

Michel Quenot, prêtre orthodoxe, universitaire spécialiste de l'icône
in "La Mère de Dieu, icône de l'humanité nouvelle"

2.2.11

PROPHÉTISATION DE SIMÉON



Икона "Умягчение злых сердец"
Marie "qui fléchit les coeurs endurcis"


Dans la tradition byzantine la Présentation de Jésus au Temple ou "Sainte Rencontre" est unique du fait qu’elle associe des éléments de la grande Fête du Seigneur et de la grande Fête de la Théotokos (Mère de Dieu). La fête commence la veille et se poursuit durant les sept jours suivants.
La Sainte Rencontre est inaugurée par une vigile de toute la nuit, suivie au matin de la célébration de la Divine Liturgie. Auparavant a lieu la bénédiction par encensement et aspersion des cierges traditionnellement apportés par l’assemblée priante. La Liturgie comprend les grandes hymnes écrites par Saint André, évêque crétois du 7ème siècle, et Saint Jean Damascène, 8ème siècle, entre autres grands compositeurs d'hymnes du premier millénaire.
C’est aussi ce jour-là que les Orthodoxes honorent l’icône miraculeuse de la Théotokos connue sous le nom de "Celle qui fléchit les cœurs endurcis" ou "Prophétisation de Siméon". Cette icône représente la Vierge Marie, en prière et le coeur transpercé de sept glaives.

Wikipedia: Présentation de Jésus au Temple, en ligne
traduit de l'anglais

30.1.11

L'ART DES ICONOGRAPHES NE CHERCHE PAS LA PERFECTION



Theotokos "Parakleksis" 
(de l'intercession et de la supplication), 
Constantinople


Dans sa valeur propre de symbole, l'icône dépasse l'art, mais l'explique aussi. Nous pouvons admirer sans réserve les œuvres des grands Maîtres de tous les siècles et en faire le sommet de l'Art. L'icône se tiendra un peu à part, comme la Bible se placera au-dessus de la littérature et de la poésie universelles. Sauf quelques exceptions, l'art tout court sera toujours formellement plus parfait que l'art des iconographes car ce dernier, justement, ne cherche pas cette perfection. Son excès même nuirait à l'icône, risquerait de décentrer le regard intérieur de la révélation du Mystère, comme une poésie excessive et recherchée nuirait à la puissance de la parole biblique. La beauté d'une icône est dans un équilibre hiérarchique d'une extrême exigence. Au-dessous d'une certaine limite et immédiatement, ce n'est plus qu'un simple dessin; au-dessus et suivant le génie contemplatif de l'iconographe, l'icône elle-même impose et rayonne la stricte beauté conforme à son sujet.

Paul Evdokimov, 1901-1970, théologien orthodoxe
in "L'art Moderne ou la Sophia Désaffectée" en ligne

28.1.11

L'ICÔNE, EXPRESSION ARTISTIQUE



Mère de Dieu Hodighitria, 
Tbilissi, Géorgie



Aujourd’hui le thème „icône“ évoque immanquablement un panneau de bois peint, parfois partiellement revêtu d’argent. Sous le Moyen Empire byzantin (10°-12°s.), cependant, les icônes ne sont pas nécessairement en bois. On en trouve, par exemple, en bronze, en argent, en ivoire, en stéatite (poudre de calcaire compressé), en émail ou en marbre. Certaines comportent même des plaques de couleur. Les icônes sont en outre souvent ornées de pierres précieuses. Différents matériaux sont parfois associés. Les panneaux en bois ne deviennent prédominants qu’à partir du 13°siècle. Il ne faut pas non plus oublier que le terme grec εἰκών (eikon) sert à désigner n’importe quelle image, y compris les peintures murales et les mosaïques.

Panayotis L. Vocotopoulos, professeur d’art byzantin, université d’Athènes
in " Fonction et typologie des icônes "

25.1.11

PORTÉE SPIRITUELLE DE L'ART SACRÉ



Vierge du Signe, 17°s.


La théologie occidentale a, dès ses origines, manifesté une certaine indifférence dogmatique à la portée spirituelle de l'art sacré, à cette iconographie qui malgré son long martyrologe est tellement vénérée en Orient. Toutefois, providentiellement, l'art occidental fut en retard sur la pensée théologique et jusqu'au 12e siècle il demeure fidèle à la tradition commune tant en Orient qu'en Occident. Cette tradition unique vit pleinement dans le magnifique art roman, dans le miracle de la cathédrale de Chartres, dans la peinture italienne qui cultive encore la "maniera bizantina".
Mais à partir du 13e siècle la facticité optique, la perspective, la profondeur, le jeu du clair-obscur, le trompe-l'œil sont introduits. Si l'art devient plus raffiné, il est moins porté à la saisie directe du transcendant. En rompant avec les canons de la tradition, l'art n'est plus intégré au mystère liturgique. De plus en plus autonome et subjectif, il quitte sa «biosphère» céleste. Les vêtements des saints ne font plus sentir sous leurs plis les "corps spirituels" et même les anges apparaissent comme des êtres faits de chair et de sang. Les personnages sacrés se comportent exactement comme tout le monde, sont habillés et placés dans l'ambiance contemporaine à l'artiste. Encore un pas et le récit biblique, l'événement miraculeux n'est plus qu'une occasion pour exécuter savamment un portrait, une anatomie, un paysage.

Paul Evdokimov, 1901-1970, théologien orthodoxe
in "L'art Moderne ou la Sophia Désaffectée" en ligne

23.1.11

L'ICONOGRAPHIE MELKITE


Icône melkite des Laudes, 18°s., Syrie


Les icônes arabes sont dites icônes "melkites" parce qu’elles étaient peintes par des artisans arabes appartenant à l'Eglise catholique grecque du même nom.  Ces iconographes suivaient la tradition byzantine ou grecque tout en y ajoutant des éléments de l’Islam.
C’est sans doute sur les modèles d’icônes importées au Moyen-Orient en Syrie, au Liban et en Palestine par les patriarches et pèlerins grecs, byzantins et russes que les artistes melkites acquirent leur savoir-faire. Mais en prenant de la maturité, ils se mirent bientôt à exprimer leur propre goût et leur propre sensibilité. Ainsi tous les visages peints par les artistes melkites ont le teint basané arabe, leur ovale de visage est plus doux que celui des icônes byzantines, les corps plus pleins et plus arrondis. De plus les costumes arabes, les meubles et les objets du ménage quotidien forment un contraste frappant avec la rigueur byzantine. Les œuvres melkites primitives se caractérisent par la somptuosité de la décoration directement empruntée à l’art islamique, tels les entrelacs brossés des cuivres, les tapis persans, les brocarts et panneaux de bois damassé que l’on retrouve aussi sur les icônes. La surface de l’icône est souvent couverte d'un éparpillement de dessins géométriques, floraux et végétaux. Jusqu’aux dédicaces qui revêtent une tournure littéraire fleurie typiquement arabe. Cette influence perdura abondamment jusqu’à la fin du 18° siècle.

Karen Lewis, Miami University of Ohio
in "Saudi Aramco World" 1971 edition
Traduit de l'américain

20.1.11

PLUIE INCESSANTE DE LA GRÂCE



Icône de l'Ascension, 14°s., Novgorod, Russie


Tous les aspects d’un seul mystère du salut rayonnent du contenu très dense des icônes.
Il faut rester dans un recueillement silencieux avant qu’une icône commence à parler. Il faut s’abandonner à sa grâce qui conduit progressivement au cœur de son message.
L’icône de l'Ascension est une merveille d’harmonie où chaque détail a son sens. De son ensemble se dégage et s’impose un grave accord musical. C’est l’Église sous la pluie incessante de la grâce. Le Christ est la tête de l’Église, la Théotokos sa figure, les apôtres ses fondements.
Après l'Ascension, la présence du Christ s'intériorise et il devient présent dans l'Esprit et l'Eucharistie. La Théotokos occupe la place centrale. Elle se détache sur l'arrière-fond de la blancheur angélique. Elle est le centre où convergent les mondes angélique et humain, la terre et le ciel. Son attitude est double: "orante", face à Dieu, elle est celle qui intercède, et "très pure", face au monde, elle est la sainteté de l'Église.

Paul Evdokimov, 1901-1970, théologien orthodoxe
in "Théologie de la vision"

14.1.11

MARIE, CONSOLATION VIVIFIANTE






„Le seul nom de la Théotokos, Mère de Dieu, contient tout le mystère de l’économie du salut“, dit saint Jean Damascène. L’analogie entre Ève, Marie et l’Église remonte à saint Irénée et depuis, pour les Pères, Marie est la Femme ennemie du Serpent, la Femme habillée de Soleil, l’image de la Sagesse de Dieu. Si l’Esprit Saint personnalise la sainteté divine, la Vierge personnalise la sainteté humaine. Liée dans son être même à l’Esprit Saint, Marie apparaît ainsi consolation vivifiante. Nouvelle Ève-Vie qui sauvegarde et protège toute créature et s’érige ainsi en figure de l’Église dans sa protection maternelle.

Paul Evdokimov, 1901-1970, théologien orthodoxe
in « Théologie de la Beauté»

10.1.11

L'ICÔNE DE POKROV (AGIA SKEPI)



Icône de Pokrov, 18-19°s., Russie


Depuis le concile d’Ephèse (431) l’Église n’a cessé de proclamer l’étroite relation existant entre la maternité divine de Marie et son rôle d’aide en tant que mère des chrétiens. Le thème de Pokrov repose donc sur une longue tradition chrétienne. Le voile figure un toit traversant le ciel et protégeant l’assemblée. C’est le maforion protecteur qui représente la puissance de protection de la Vierge. Il est à la fois symbole et réalité.
Le geste de couvrir quelqu’un de son propre manteau était, en orient comme en occident, un geste naturel de protection indépendant de toute convention sociale. A Byzance et en Russie l’adoption s’exprimait en couvrant l’adopté de son manteau. Et lorsque saint Bonaventure, défenseur de la dévotion mariale, fonda vers 1270 la fraternité des Frères Mineurs franciscains, il prescrivit de représenter les frères sous les plis du manteau de la Vierge (pallium). Dès lors cette représentation s’est diffusée dans l’art occidental. Marie est le refuge de toute l’humanité, pour laquelle elle ne cesse d’intercéder. Le maforion byzantin du 10°siècle (1), a pu évoluer en un ample manteau solennel. Ainsi la même idée de protection est exprimée par ces symboles très voisins et profondément humains: skepê, pokrov (voile protecteur), maforion, pallium (manteau),  tous rendent présente une réalité très chrétienne puisqu’elle surgit du cœur des baptisés.

Cité par http://www.mariaoggi.it/, en ligne
traduit de l'italien

(1) L’iconographie de l’icône de Pokrov remonte à un miracle survenu à Constantinople au dixième siècle en l'église des Blachernes. Chaque vendredi se tenait la cérémonie rituelle au cours de laquelle on soulevait le voile couvrant la statue de la mère de Dieu. Lors de l’une de ces célébrations, St. André vit Marie se mettre en prière en étendant son manteau sur l’assemblée en signe de protection du peuple et de la ville contre l’attaque ennemie. L’iconographie qui commémore ce miracle a commencé au 12°siècle à proliférer dans les ateliers de Russie. La commémoration de l'évènement est célébrée le 1er octobre en Russie, le 28 octobre en Grèce, et représente la fête la plus importante après les Douze Grandes Fêtes liturgiques.

Cité dans Wikipedia, en ligne
traduit de l'anglais

7.1.11

LA THEOTOKOS, ICÔNE DE L'INCARNATION



Icône de Pskov, Russie, 16°s.
Saint Luc peignant la Theotokos


L'Eglise orthodoxe ne dissocie jamais Marie, la Vierge immaculée, de son Fils Jésus. L'icône de la Vierge tenant entre ses bras Jésus enfant ne se présente jamais comme une icône de la Vierge, mais bien comme celle de l'Incarnation du Fils unique de Dieu, c'est la communion du divin et de l'humain qui s'effectue en Marie.
Cette communion du divin et de l'humain s'effectue aussi dans l'Eglise, lieu de la participation de Dieu à la construction d'un monde nouveau qui sera parachevé dans le Royaume. De la même manière que Marie a engendré dans son humanité le Fils unique de Dieu, de la même manière l'Eglise engendre, au coeur de l'humanité même, l'humanité nouvelle des fils de Dieu. C'est pourquoi l'Eglise apparaît comme la Theotokos prolongée : elle est la génératrice mystique des enfants de Dieu, tout comme Marie fut la génératrice physique du Fils unique. Dans les premiers siècles de l'histoire de l'Eglise universelle, les questions théologiques ont d'abord porté sur la personne même du Christ ; c'est d'ailleurs dans le cadre du dogme des deux natures dans le Christ qu'a été précisé le dogme de la Théotokos, de la Mère de Dieu , lors du concile oecuménique Éphèse A partir de là, la tradition patristique prendra Marie elle-même comme objet de sa méditation, en utilisant l'interprétation allégorique de la Bible, pour comparer, par exemple, Marie à Ève, Marie étant la nouvelle Ève, de même que Jésus était perçu comme le nouvel Adam : Marie est celle qui engendre une nouvelle génération humaine. Et l'insistance sur la virginité perpétuelle de la Vierge Mère souligne également cet aspect d'une nouvelle créature.

Orthodoxie- en ligne
La spiritualité envers Marie

25.12.10

LE DOUBLE MINISTÈRE DES ANGES


Icône orthodoxe de la Nativité


Autour de la scène principale de la Nativité s’organisent d’autres scènes.
Les anges remplissent leur double ministère. Les anges tournés vers le haut sont dans la louange, ceux qui se penchent vers le bas jouent leur rôle d'intercession auprès de l'humanité, annonçent la bonne nouvelle aux bergers, gens simples, au cœur pur, auxquels ils peuvent parler directement.
Aux mages, ces maîtres de la science antique à qui, à la différence des bergers, il a fallu une longue recherche, un long cheminement intellectuel, pour arriver jusqu'à Dieu.
Les bergers et les mages : Deux modes de connaissance. Deux attitudes face à la Révélation. Deux chemins menant au même but, mais par des voies différentes.
Le cœur de l'homme devient la grotte où le Christ naît intérieurement.

Paroisse orthodoxe Saint-Martin, Sucy-en-Brie
Commentaire sur la Nativité

22.12.10

MÈRE DE DIEU, DIS-NOUS COMMENT






„Ô Vierge Toute-Pure, Mère de Dieu, dis-nous comment, lorsque tu vivais sur la terre, tu aimais ton Fils et ton Dieu. Comment ton esprit se réjouissait-il en Dieu, ton Sauveur ? Comment regardais-tu son merveilleux Visage, à la pensée qu’il est celui que servent avec crainte et amour toutes les Puissances célestes ? Dis-nous, que ressentait ton âme lorsque tu tenais dans tes bras l’Enfant divin ? Comment l’as-tu élevé ? Quelles furent les douleurs de ton âme lorsqu’avec Joseph tu le cherchas pendant trois jours à Jérusalem ? Quels tourments as-tu endurés lorsqu’il fut livré et mourut sur la Croix ? Dis-nous quelle fut ta joie à la Résurrection, ou quelle langueur emplit ton âme après l’Ascension du Seigneur ?
Nos âmes désirent connaître ta vie avec le Seigneur sur la terre ...
...mais toi tu n’as pas voulu mettre tout cela par écrit, et c’est dans le silence que tu as enveloppé ton secret "

Saint Silouane l’athonite (1866-1938) moine russe du Mont Athos
In « Ecrits »

16.12.10

CARÊME DE L'AVENT



"Vierge du Signe" contemporaine,
caractéristique des icônes mariales de l'Avent


Le Carême est le moment de la recherche du sens, du sens de la vie professionnelle, considérée en termes de vocation ; du sens de ma relation aux autres, du sens de l'amitié, du sens de ma responsabilité. Il n'y a aucun métier, aucune vocation qui ne puissent être "transformés", ne fut-ce qu'un peu, en termes non de plus grande efficacité ou de meilleure organisation, mais en termes de valeur humaine.
C'est un même effort d'intériorisation de toutes nos relations qui nous est demandé ici, du fait que nous sommes des êtres libres, devenus (sans le savoir, bien souvent) prisonniers de systèmes qui déshumanisent progressivement le monde. Et notre foi ne peut avoir un sens que si elle est mise en rapport avec la vie dans toute sa complexité. Une multitude de gens pensent que les changements nécessaires ne viennent que de l’extérieur, des révolutions et des modifications des conditions extérieures. À nous, chrétiens, de prouver qu'en réalité tout vient de l'intérieur, de la foi et de la vie selon la foi .
Si donc le Carême est pour l'homme une redécouverte de sa foi, il est aussi pour lui une redécouverte de la vie, de son sens divin et de sa profondeur sacrée. C'est en nous abstenant de la nourriture que nous redécouvrons sa douceur et que nous réapprenons à la recevoir de Dieu avec joie et gratitude. C'est en réduisant la musique et les divertissements, les conversations et les entretiens superficiels, que nous redécouvrons la valeur dernière des relations humaines, du travail de homme et de son art. Et nous redécouvrons tout ceci tout simplement parce que nous redécouvrons Dieu lui-même, parce que nous retournons à lui, et, en lui, à tout ce qu'il nous a donné, dans sa miséricorde et son amour infinis.

Alexandre Schmemann (1921-1983), prêtre orthodoxe, théologien, enseignant, prédicateur,
in "Le Grand Carême : Ascèse et Liturgie dans l’Église orthodoxe" (extraits)

3.12.10

NATIVITÉ SELON LA TRADITION COPTE






Icône copte de la Nativité, 7°-9° s.,
Monastère Ste Catherine, Sinaï


" L’Incarnation fut non seulement l’oeuvre de Dieu, mais aussi l’oeuvre de la volonté et de la foi de la Vierge. Sans le consentement de la très Pure, sans le concours de sa foi, ce dessein était aussi irréalisable que sans l’intervention des Trois Personnes divines elles-mêmes. Dieu la prend pour Mère et lui emprunte la chair qu’elle veut bien lui donner. De même qu’Il s’incarnait volontairement, de même voulait-Il que sa Mère l’enfantât librement et de son plein gré. "

Saint Nicolas Cabasilas (1322-1397) auteur byzantin et théologien laïc
in « Homélie sur l’Annonciation »

LA LUMIÈRE LUIT DANS LES TÉNÈBRES (Jean 1,5)






Les Evangiles ne mentionnent pas la grotte, c’est la Tradition qui nous parle de ces profondeurs mystérieuses de la terre. L’icône suit de près les textes liturgiques et en donne l’interprétation la plus bouleversante : le triangle sombre de la grotte, cette ouverture ténébreuse de ses entrailles, est l’enfer. Pour toucher l’abîme et devenir « cœur de la création », le Christ situe mystiquement sa naissance au fond du gouffre où le mal croupit dans son ultime densité. Le Christ est né à l’ombre de la mort, la Nativité incline les cieux jusqu’aux enfers, et nous contemplons, couché dans la crèche, « l’Agneau de Bethléem qui a vaincu le serpent et donné la paix au monde ».

En dehors de la grotte, revêtue de la pourpe royale, la Basilissa – la Reine Theotokos – est étendue. Epuisée, elle repose sa tête sur sa main et son regard est perdu dans la contemplation de l’Evangile du salut : « elle conservait toutes ces paroles et les repassait dans son cœur » (Luc 2,19)
Mère, elle se détourne pourtant de l’enfant ; tous, elle nous accueille et reconnaît en nous la naissance de son enfant, et en même temps elle est présentée dans sa valeur propre : fleur de la plante humaine, elle est celle en qui toute l’humanité a prononcé le fiat. Ève nouvelle, Mère de tous les vivants, c’est pour tous qu’elle a formulé son fiat et c’est pourquoi elle figure l’Eglise. Elle a répondu par la fidélité humaine à la fidélité divine de la promesse

Paul Evdokimov, théologien orthodoxe
in " L'art de l'icône: théologie de la vision"

28.11.10

L'OCCIDENT ET LE DOGME DE L'ICÔNE



Vierge byzantine en mosaïque de verre
sur la voute de l'église de Murano (I), 13°s.


En Occident, au sujet des images, le Concile de Trente (1542) accentue l’anamnèse, le souvenir, mais nettement non épiphanique, se plaçant ainsi hors de la perspective sacramentelle de la présence telle qu’elle est reconnue en Orient. Il a affirmé tous les dogmes catholiques, mais face à la réforme forcément iconoclaste, il a rejeté le dogme iconographique, d’ailleurs déjà abandonné par l’Occident après le VII° Concile  (787).
Or, il est symptomatique pour l’approche iconographique du mystère que Bernadette Soubirous, invitée à choisir dans un album l’image qui ressemblait le plus à sa vision, se soit arrêtée sans hésiter sur une icône byzantine de la Vierge, peinte au XI° siècle…

Paul Evdokimov, théologien orthodoxe
in « L’Art de l’Icône, Théologie de la présence »

11.11.10

L'ICÔNE N'EST PAS UN TABLEAU




La Toute-Sainte, détail, fin13°-début14° s.
Mont Athos, Grèce


Si tu as vécu avec elle et si tu as prié devant une icône, tu sais qu'elle est vraiment un lieu de présence. Tu sais qu'elle nous introduit librement dans la rencontre avec celui ou celle qui y est représenté. Tu sais cela sans savoir comment tu le sais. Il y a un seuil au-delà duquel toute question devient vaine et tout discours stérile. Aussi ne te faut-il pas comprendre autrement qu'en priant et en vivant.
(...) Cette réalité n'est pas perceptible immédiatement. Il faut beaucoup de temps. Tout est dit avec tellement de douceur. Avec une grande sobriété aussi, qui est absence d'emphase et de sentimentalisme.

Se laisser rencontrer, accueillir par l'icône.
Nous ne sommes pas compétents en matière de vie. Même peut-être très incompétents. C'est quand nous savons cela que nous sommes prêts à être vus plutôt que de regarder. A écouter plutôt que de parler. A nous humilier plutôt que de savoir et de juger. Tu m'as parlé un jour d'une tristesse dans le regard de la Mère de Dieu. Ne sais-tu pas que sur les icônes, tous les Saints pleurent de joie ? Larmes du repentir et de joie du Salut. Contemple longtemps ce visage et porte ce regard en toi, et porte-le sur les êtres et les choses tout au long de ta route.

Bernard Frinking, laïc orthodoxe, iconographe, Cavillargues (30)
in "L'unité des chrétiens, n°2" (extraits)

DANS TOUTE LA CRÉATION UNE AUTRE MERVEILLE QU'ELLE?



Vierge orante, 12° s.,
Grande Panaghia de Yaroslavl, Russie



“Homme,
parcours en esprit
toute la création
et vois s’il y a quelque chose
qui égale ou soit plus grand
que la Vierge Mère de Dieu.
Fouille la terre,
parcours la mer,
examine l’air,
visite par ta pensée les cieux,
te souvenant des puissances invisibles,
et vois s’il y a, dans toute la création,
une autre merveille qu’Elle.”

Jean Chrysostome, Père de l’Eglise,
in “Homélie sur la Mère de Dieu”
cité par Michel Quenot, prêtre orthodoxe

10.11.10

THÉOLOGIE VISUELLE



Présentation de Jésus au Temple,
par Andrei Roublev, St-Petersbourg


La patrie de l’icône est l’Orient. Cette véritable „théologie visuelle“ est née à l’époque justinienne (6° siècle). Et c'est au 11° siècle que l'iconographie a débuté en Russie . Avec une indicible douceur cet art sacré assume en Dieu le sens de l’humain. Au-dessus de la sensation et de la perception se situe la sphère des révélations et de la saisie de l’invisible. Le sens du mystère n’est jamais donné directement, mais il est représenté au moyen d’intermédiaires: un ange, un symbole, une icône, tous messagers porteurs d’un message secret.

Signe, allégorie, symbole
Le signe informe et renseigne. Tels sont les formules chimiques, les panneaux routiers, les enseignes des magasins, leur contenu est élémentaire et vide de toute présence.
De même une allégorie est un moyen explicatif par analogie et ne dépasse guère l’illustration didactique.
Par contre, un symbole, dans l’esprit des Pères de l’Eglise et selon la tradition liturgique, contient en lui la présence de ce qu’il symbolise. Et cette“présence” se révèle dans la contemplation, par laquelle l’imagination vraie déchiffre le message du symbole et saisit la présence réelle comme une épiphanie.

D’après Paul Evdokimov, théologien orthodoxe,
in “L’art de l’icône, théologie de la beauté”

16.5.10

PASSER DE LA VIE À LA VIE



"Espoir des désespérés", 
Haghiosoritissa, 13°s.,
 Freisingen, D


Comment aller au Fils sans passer par la Mère, et cela d’autant plus qu’il nous l’a donnée comme mère?
Aux chrétiens et aux hommes de bonne volonté qui l’invoquent, elle offre le baume de sa présence invisible et le rempart de son inlassable protection.
Première et unique dans l’assemblée des saints, elle précède toutes les puissances célestes. Nouvelle Eve, Mère du nouvel Adam incarné, mort et ressuscité pour que les hommes soient sauvés, elle est la Mère de la Vie et désire nous engendrer à la vie en Jésus-Christ.
Quand la lassitude et le désespoir nous guettent, elle nous invite à faire nôtre le Réjouis-toi de l’ange Gabriel. Déjà relevés si nous communions à la puissance de Résurrection de son Fils – nous sommes en effet conviés, nous aussi, à passer de la vie à la Vie.

Michel Quenot, universitaire et prêtre orthodoxe
in „La Mère de Dieu, joyau terrestre, icône de l’humanité nouvelle“

19.4.10

LE CHRIST EST RESSUSCITÉ



"Christos aneste", Jérusalem


"Accorde à ceux qui tombent de se relever,
à ceux qui sont debout de tenir bon,
à ceux qui sont dans le bonheur de prospérer,
et à ceux qui sont malheureux d’être secourus.
Dirige heureusement notre vie entière…
Alors nous entonnerons pour notre protectrice
des chants d’action de grâce,
à la gloire tout à la fois de ton Fils,
Dieu avec le Père éternel et l’Esprit Saint qui donne vie,
maintenant et à jamais pour les siècles des siècles.
Amen.“

St. Pierre d’Argos le Charitable, 10°s., Constantinople

18.4.10

L'APPARITION: VISION DE L'INVISIBLE



Triptyque de Khakhuli, 10°s., 
Tbilissi, Géorgie
Volet central: Déisis


L’icône , dans la valeur nouvelle que lui accordent les chrétiens, en proposant l’image de la personne intérieure, la seule qui soit à l’image de Dieu, montre un portrait et désigne en même temps la présence de quelque chose d’autre, inatteignable, invisible, indicible, irreprésentable. Autrement dit, l’icône s’efforce de suivre le destin historial du modèle représenté en proposant sa visibilité d’image puis, par transfert, son invisibilité dans une vision qui se situe d’ores et déjà sur le plan d’une pure apparition.
L’icône de la Vierge ou d’un saint est l'icône non de son apparence mais de son destin, de sa mort dans la foi, bref, dans ce qui n’est pas entièrement représentable tel quel. Une vraie icône est plus qu’un masque „pris sur le vif“, elle se fait puissance de visibilité de l’invisible.

Anca Vasiliu, Professeur de philosophie à la faculté de Nanterre (92), in
„Le visible, l’image et l’icône au début de l’ère chrétienne“

14.4.10

VICTOIRE DE LA CROIX



Déisis de Martvili, Géorgie,
8°-9° s., (partie centrale)


Ce volet central d'un petit triptyque émaillé du 8°-9° siècle, trouvé en Géorgie, montre une Déisis: la Vierge symbolisant la Nouvelle Alliance se tient à la droite du Christ, tournée vers Lui dans un mouvement d'intercession. A la gauche du Christ  se trouve Saint Jean-Baptiste, dernière figure de l'Ancienne Alliance. La figure centrale du Christ en or fut perdue et remplacée par le trophée de sa victoire, la croix.

Tania Velmans, directeur de recherche au CNRS,
in "La périphérie orientale du monde byzantin"

11.3.10

LA RÉPONSE D'UN REGARD VRAI




Mère de Dieu Hodighitria, 
Kastoria, Grèce


Comment l‘icône peut-elle arriver à ce que le regard du sujet représenté qui répond à notre regard ne sorte plus des arcades vides d’un portrait d’apparat, ni ne soit le reflet froid d’un miroir ou d’un fantôme, mais devienne la réponse d’un regard „vrai“?
Comment un regard peint peut-il , par le truchement de l’icône, ouvrir vers le visage d’autrui et nous faire accéder en nous-mêmes au visage et à la compréhension de la vie du prochain, du divin dans l’homme?
Ni portrait ni idole, l’icône est le signe de quelque chose d’autre qu’elle-même, elle est différente d’une représentation, distincte aussi d’un dédoublement du sujet présenté à la fois à l’oeil et à l’esprit.

D’après Anca Vasiliu, philosophe, chercheur au CNRS
in „Le visible, l’image et l’icône au début de l’ère chrétienne“

6.3.10

LA PIERRE ANGULAIRE DE LA THÉOLOGIE MARIALE



Vierge "Hodighitria", 6°s.,
Monastère Sainte-Catherine, Sinaï 


Les débuts de la vénération de la Mère de Dieu remontent aux premiers siècles du christianisme. En témoignent des figurations de Marie conservées dans les catacombes romaines ( Voir plus bas le message intitulé: "L'icône copte des origines?"). Mais en dépit de ces figurations, l'affirmation de la Madone a pris quelques siècles et requis des décisions de conciles oecuméniques. Ont joué un rôle extrêmement important à cet égard les conciles d'Ephèse (431) et de Chalcédoine (451). Le premier établit la définition de la Theotokos, c'est-à-dire Mère de Dieu - "celle qui a contenu en elle Dieu qui ne peut être contenu"-, devenue pierre angulaire de la théologie mariale. (...) Mais la figure de la Mère de Dieu a fait l'objet d'une attention particulière après la victoire du culte des icônes du fait qu'elle était liée au dogme de l'Incarnation. La nature humaine du Christ constituait en effet le principal argument en faveur de sa représentation sur les icônes.

Elka Bakalova et Sreten Petkovic in "L'iconographie byzantine"

FIGURATION DU MESSAGE ÉVANGÉLIQUE



Basilique Sainte-Irène, 8°s., Constantinople
décor de la période iconoclaste


La réaction aux thèses iconoclastes développées au 8°siècle à Constantinople fut fortement soutenue par Jean Damascène, Docteur de l’Eglise. Il distingue les divers degrés de signification du terme „adoration“ à ne rendre qu’à Dieu, „vénération „ pour la Mère de Dieu et les saints, „honneur“ pour les images sacrées et celles de l’empereur.(…)

Sur Jean Damascène voir plus bas le message intitulé:"La main de Jean Damascène"

Le dernier concile oecuménique retenu par l’Eglise byzantine (Nicée II, 787) mit fin à la querelle par la définition suivante:
„Nous entendons garder jalousement intactes toutes les traditions de l’Eglise, écrites aussi bien qu’orales. Une de ces traditions concerne la figuration du modèle au moyen d’une image, pour autant que cette figuration s‘accorde avec la lettre du message évangélique, et pour autant qu’elle serve à confirmer l’incarnation vraie et non fantomatique du Verbe de Dieu, que cette figuration soit l’image de notre Seigneur Dieu et Sauveur Jésus-Christ, ou celle de Notre Dame immaculée, la sainte Mère de Dieu, des saints anges et de tous les saints et justes. En effet, plus ces images sont contemplées fréquemment, plus ceux qui les contemplent sont portés au souvenir et au désir des modèles originaux, et à leur manifester respect et vénération.“ (extraits).

Gaetano Passarelli, historien de l’art byzantin, Rome, in "L’iconoclasme, Histoire et théologie“

26.2.10

VIERGE DE VLADIMIR



La très célèbre "Vladimirskaya",
 12° siècle, Moscou


Les icônes de la "Vierge de Vladimir" remonteraient, selon la légende, à Saint Luc, premier iconographe de la Mère de Dieu. Aussi la Vierge de Vladimir est-elle l'icône patronne de la Russie. L'école de Vladimir caractérise ses icônes par un pied retourné de l'Enfant, laissant voir la plante de face.

Joséphine Puget, iconographe. (en ligne)

*****


De l'original de Théophane le Grec maintes fois retouché au cours des siècles il reste encore quelques détails. Son extraordinaire visage exprime à la fois la tendresse, la souffrance et l’abandon à la volonté de Dieu. Cette icône fut rapportée de Constantinople comme présent à la famille du grand prince. Son nom lui vient de la ville de Vladimir où elle demeura pendant plus de deux siècles. Jésus passe son bras autour du cou de sa mère et appuie tendrement sa joue contre la sienne.

Saint-Germain - Icônes (en ligne)

15.2.10

ICÔNE ACHATISTE



"Panagia" ( Orante,Vierge du Signe) 


Peinte sur un panneau de bois, la "Vierge du Signe" se tient les bras levés, en Vierge orante d'où le terme "acathiste".Le Signe se réfère à la prophétie d'Isaïe 7,14: " Un signe vous sera donné: voici que la vierge enfantera un fils". L'Emmanuel se présente alors souvent comme ici en médaillon dans le sein de la Vierge.
L’auréole du Christ comporte une croix sur laquelle on peut lire OWN, traduction grecque du nom hébreu de l’Ancien Testament: Yahwe („Je suis Celui qui est“), ce qui souligne l’identité entre le Père et le Fils, point central de la confession chrétienne.

Nigel Cawthorne SOLAR (en ligne)

18.1.10

HYMNE ET ICÔNE



Vierge orante "acathiste"
aussi nommée "Vierge du Signe"


Un « acathiste » est une hymne que l'on chante ou que l'on écoute debout, en oraison. L'Acathiste à la Mère de Dieu est le premier et le plus connu des acathistes.
L'acathiste doit son origine au siège de Constantinople en 626, lorsque le patriarche Serge, en l'absence de l'empereur Héraclius, organisa la défense de la cité et consacra la ville à la Mère De Dieu

http://youtu.be/IomxvOTf-So

16.1.10

L'ICÔNE, IMAGE DU SALUT



"Eleousa Zarzma", Tbilissi, Géorgie


Le but premier de l’icône n’est pas de frapper par son éclat ou sa séduction mais d’être un témoignage de foi. C’est par là que s’exprime sa beauté, la beauté de l’Espérance chrétienne. Elle est un message en images depuis des siècles et l’est encore en devenir. Aussi doit-elle être immédiatement comprise de tous en apportant le message de l’expérience religieuse collective. (…) L’icône est une homélie en peinture accessible à tous.
Dans cette perspective l’hagiographe se situe comme simple membre d’un organisme entier. De fait la plupart des noms d’hagiographes nous sont inconnus  car les icônes ne sont généralement pas signées.
La grande majorité d’entre elles s’inspirent encore aujourd’hui d‘anciens modèles, ce qui ne signifie pas pour autant qu’elles sont des copies. Il se fait sans cesse des innovations, il se crée des variantes d’icônes existantes. Ce qui explique le très grand nombre d’icônes qui continuent à être écrites de nos jours, voire inspirées d’événements récents (la catastrophe de Tchernobyl par exemple).

Abraham Karl Selig
in „Die Kunst des Ikonenmalens
(traduit de l'allemand)

14.1.10

HORS DE L'ESPACE ET DU TEMPS



Mère de Dieu Katafyge
et saint Jean le Théologien
Sofia

Les Byzantins ne demandent pas aux images pieuses de représenter des phénomènes, instables et mouvants, ils s’intéressent aux essences, immuables et éternelles, qui sont leur raison d’être. (On retrouve ici les idées de Platon.) Ces archétypes ne peuvent être figurés que détachés de la pesanteur, et presque de la matière, puisqu’ils ne peuvent évoluer que dans un monde hors de l’espace et du temps.(...)
Ainsi, dans les icônes les personnages sacrés se présentent frontalement, immobiles, presque sans corps, celui-ci étant caché dans les innombrables plis du vêtement, et avec des visages dont les yeux – miroirs de l’âme, seuls capables d’exprimer l’aspiration à une haute spiritualité, sont agrandis, fixes et soulignés par le contour. Quant au temps, il est également nié par le fond d’or, lumière absolue qui ne change jamais d’intensité.

Tania Vermans, directeur de recherche sur l'art byzantin au CNRS
 in „Les premières icônes“

3.1.10

L' ICÔNE EST MÉDIATRICE DE GRÂCE


    
Vierge du Signe (Isaïe 7,14)


"Faire connaissance avec les icônes et commencer à les aimer est tout une expérience en soi. Vue dans la perspective catholique, l'icône représente aussi un moyen de se rapprocher de nos frères et soeurs chrétiens orthodoxes de l'Église de l'est. C'est un peu comme l'apprentissage d'une nouvelle langue: une expérience gratifiante qui est appréciée invariablement par ceux et celles dont c'est la langue maternelle. Cependant, faire connaissance avec les icônes et commencer à les aimer va loin au delà de pouvoir 'parler la langue orthodoxe'. J'ai mis beaucoup de temps à le découvrir et encore j'ai des diificultés à l'exprimer en mots. Certes, l'icône m'a rapproché de Dieu, de la Très Sainte Mère de Dieu, et à travers elle de Jésus. Dans son livre "Les icônes byzantines de la Mère de Dieu", Paris, 1992 (je l'ai lu en français), le Père Egon Sendler S.J. écrit qu'une icône peut devenir une médiatrice de grâce. C'est exactement ce qui s'est passé. Dans mon cas à moi  l'icône est devenue une médiatrice de grâce."

Père W. de Ruyter: "Un Guide des Icônes byzantines sur l'Internet"

2.1.10

LES ICÔNES THAUMATURGES



"kukuzelissa lavra""axion esti"  
                7°s, Mont Athos, Grèce                   


Les icônes thaumaturges forment une catégorie distincte, ce sont celles à qui la tradition reconnaît le pouvoir - parfois encore actuel - d’opérer des miracles . Il s’agit habituellement d’icônes de la Vierge recouvertes d’un métal précieux, tel que l’or, l’argent ou le platine.
Une forte tradition de dévotion s’attache à ces icônes, aussi occupent-elles presque toutes des places d’honneur dans les monastères et églises où elles se trouvent.
Ces icônes sont vénérées par les moines et les pèlerins fervents. Dans un effort de vulgarisation elles sortent parfois des lieux saints pour être exposées à la dévotion des fidèles ne pouvant se rendre dans ces lieux retirés. Dans les différents monastères du Mont Athos on compte huit de ces icônes parmi les plus connues ayant la Vierge pour sujet.

Wikimedia Commons in „Thaumaturgical icons“ (en ligne)
(traduit de l’anglais)

1.1.10

LA MAIN DE SAINT JEAN DAMASCÈNE



Tricherusa (icône aux trois mains),
8°s. Mont Athos, Grèce

Cette icône évoque l’histoire de Saint Jean Damascène, 8° siècle. Condamné par l'empereur iconoclaste Léon III à être amputé de la main pour ses écrits en défense de l’Orthodoxie, il aurait miraculeusement recouvré une main saine avec l’ordre de continuer à écrire, ceci après avoir prié devant l'icône Hodighitria (Celle qui montre le chemin) dont le prototype est attribué à St Luc évangéliste. En signe de reconnaissance il aurait ajouté à l’icône une main en argent telle qu’on peut la voir sur l’Hodighitria tricherusa en question (photo ci-dessus).

Mappa in Sito in  "Le icone della Santissima Madre di Dio" (en ligne)
(traduit de l'italien)


Saint Jean Damascène

Jean Damascène,
 icône arabe, 11°s.
Chrétien du patriarcat arabe d'Antioche comme saint Jean Chrysostome, haut fonctionnaire du califat de Damas, Jean Damascène se fait moine à trente ans à Saint-Sabbas, dans le désert palestinien. Prêtre, il s'élève contre la persécution iconoclaste, et compose la première grande synthèse des Pères grecs et de très belles hymnes liturgiques acathistes. Docteur de l'Église.

Wikimedia Commons in Tricherusa (en ligne)
(traduit de l'anglais)


...EN RÉPONSE AUX HÉRÉTIQUES



Icône "galaktotrophousa" 

Ce genre d'icône représentant la Theotokos allaitante, apparut à Constantinople dès la fin du premier millénaire, en Russie au 15° siècle, en réponse respectivement aux iconoclastes et aux hérétiques qui niaient l'humanité du Christ.

Dans l'histoire de l'iconographie russe ce type de représentation est rare.

In Wikimedia Commons (en ligne)
(traduit de l'anglais)